Attention, enregistrements mythiques.
Le 5 avril 1923, le Creole Jazz Band de King Oliver enregistre ses premiers morceaux à Richmond dans l’Indiana. C’est le premier témoignage de New Orleans Jazz joué par un groupe afro-américain. On y entend pour la première fois un certain Louis Armstrong (lui et Oliver sont au cornet). Ca fait beaucoup de premières fois.

Tous ces musiciens ont quitté La Nouvelle-Orléans depuis déjà plusieurs années. La vie à Chicago ou New York est moins difficile pour des personnes de couleurs que dans le Sud ségregationniste et les opportunités pour jouer y sont nombreuses, surtout depuis que le quartier chaud de New Orleans, Storyville, a été fermé (1917).
Alors, il faut utiliser le conditionnel tant ici tout est une affaire de spécialistes.
Ces enregistrements seraient bien plus représentatifs du New Orleans Jazz que celui enregistré en 1917 par l’Original Dixieland Jass Band (musiciens blancs). On veut bien le croire.
Ceci dit, le New Orleans Jazz étant basé sur des improvisations collectives (chacun improvise mais tous suivent les même grilles harmoniques, on n’est pas dans le free jazz), on a quand même bien ici un solo de clarinette (à partir de 1’23)… évolution qui va se poursuivre dans les années 20 sous l’impulsion notamment de Louis Armstrong (dont il faudra reparler dans pas trop longtemps).
Si j’en crois quelques autres sources, les contraintes des enregistrements de l’époque auraient obligé le batteur Baby Dodds à laisser de côté la grosse caisse et utiliser des woodblocks, on aurait aussi fait jouer des lignes de basse au banjo car la contrebasse n’aurait pas été audible.
Ce n’est donc pas un exemple tout à fait parfait de la musique que jouait probablement le groupe à New Orleans dans les années 10 ou à Chicago dans les années 20. Musique essentiellement faite pour la danse, il faut s’en souvenir.
On notera la présence de Lil Hardin au piano, future épouse de Louis Armstrong.
Pour aller plus loin, j’avais écrit par ailleurs un article complet sur le New Orleans Jazz et sur Canal Street, artère de La Nouvelle-Orléans…
Bref, pour l’histoire, un moment essentiel dans la légende du jazz.