
Une fameuse locution italienne dit Traduttore, traditore, soit traducteur, traitre.
Penchons-nous sur le cas récent du gendre idéal Vianney, interprète en français de l’Hallelujah de Jeff B…., mais non, de Leonard Cohen (!), dimanche dernier lors de la réouverture de Notre-Dame…
Devant un Macron en fin de règne qui n’aime rien de plus que se prendre pour André Malraux mais qui reste au niveau d’un spectacle de fin d’année scolaire avec ses rimes forcées, sur-soulignées et son ton faussement affecté (vraiment insupportable ce bonhomme), le Vianney s’avance, d’abord solitaire… et attire la sympathie. Si si…
Telecaster blanche, ampli Fender, reverb, le mec a du cran, le moindre doigt qui glisse et bim, les murs de la cathédrale vont démultiplier le truc à l’infini.
On sait déjà que la version qui va l’inspirer c’est celle de Buckley, Telecaster blanche… gros clin d’oeil. Mais attention, Buckley… la barre est haute.
Mais pas si vite, rembobinons l’histoire.
La chanson Hallelujah est sortie en 84. Elle passe assez inaperçue (la maison de disque n’en voulait pas !), les grandes heures de Cohen sont derrière lui et il faudra encore attendre quelques années avant le retour en grâce… on verra ça dans un instant.
La version de Cohen est marquée par la production de l’époque avec ses synthés et ses chœurs appuyés. On retrouve avec bonheur la voix grave du monsieur.
Le retour en grâce c’est 7 ans plus tard par l’entremise notamment, et c’est à souligner, d’une initiative des Inrockuptibles de faire reprendre ses chansons par la crème de la scène alternative de l’époque (1991, I’m Your Fan, il existe un livre en anglais sur l’influence de ce disque), avec des gens comme Nick Cave, Pixies, R.E.M., Lloyd Cole…
Et parmi ces artistes, un vétéran, John Cale, du Velvet Underground, qui reprend au piano la chanson, sobre.
Une nouvelle génération redécouvre l’artiste. Et notamment un certain Jeff Buckley dont l’Hallelujah version John Cale lui donne des idées.
Quand Grace sort en 94, le disque fait figure de classique instantané.
Lignée flatteuse, belle gueule, grande voix, sensibilité à fleur de peau, Buckley livre une version qui éclipse les autres, pour le meilleur et pour le pire. En mourant tragiquement en 97, jeune et beau, il scelle sa légende. Le meilleur, c’est ici, le pire est à venir.
A ce stade-là, Hallelujah n’est toujours pas devenue cette tarte à la crème qu’on nous sert à toutes les occasions (pour ça il y a Imagine de Lennon), les amateurs de musique connaissent mais pas encore le grand public.
Il faudra attendre encore un peu pour voir la version de Cale utilisée dans Shrek (oui !?) en 2001 et aussi et surtout des émissions télévisées (style The Voice…) où des jeunes gens en font des caisses en essayant d’imiter Buckley, c’est là qu’on commence à frôler l’overdose…
Et voilà donc notre Hallelujah jadis passée inaperçue qui vient se hisser aux côtés de We Are the Champions, I Will Survive et autres machins qu’on n’en peut plus de voir mis à toutes les sauces…
Et donc notre Vianney national qui s’avance… Hallelujah.
Côté guitare, il assure, version Buckley assumée donc. Côté voix, il ne s’essaye pas à la longue note tenue et reste relativement sobre. Bon, il y a des cordes et tout mais voilà, il faut bien marquer le coup.
Bon ben alors, qu’est-ce qui ne va pas ?
Il chante en français.
Oui, et alors ? C’est quand même pas une honte.
Non, du tout.
La langue anglaise sonne mieux que la langue française, blablabla !?
Parfois, oui, mais c’est pas ça.
Bon ben alors !? Il a mal traduit ?!
C’est pas qu’il a mal traduit, non, c’est juste qu’il a fait une version spéciale Notre-Dame. Et que c’est un peu embarrassant si t’écoutes bien et que ça pose question.
Embarrassant car c’est parfois confondant de naïveté mais ça va bien avec ce jeune homme dénué de toutes aspérités. Soit.
C’est questionnant car jusqu’à quel point peut-on utiliser l’oeuvre d’un autre et lui donner un tout autre sens ? Car on va au-delà de la simple interprétation, par exemple le ton de Cohen est impersonnel quand celui de Buckley est bien plus incarné…
Non, là c’est différent. Si l’Hallelujah de Cohen contient évidemment des références religieuses, le texte résiste à toute interprétation limpide et unanime. Chanson empreinte de sexualité, tiraillement en la chair et le spirituel, histoire d’une séparation… bref, là où Cohen mettait du double sens, des influences littéraires et religieuses, le Vianney est littéral, un peu bébête et raconte tout autre chose.
Donc, si on revient à notre locution italienne, on a là un cas de traitrise du plus haut niveau, digne de la cour pénale internationale !
On pourrait arguer, que, si l’on se fie aux commentaires de la vidéo, le public aime bien ça. Et pour paraphraser Cocteau on pourrait répondre, il est bien le seul.
Quant aux personnes qui n’ont pas attendu The Voice et Vianney pour découvrir cette chanson, j’en connais au moins une qui, si elle croise notre petit chanteur à la croix de bois, s’est promis de smash every tooth in his head… A bon entendeur.
Bref, tout cela donne férocement envie d’écouter Händel ! On moins là c’est clair !
👍
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