Dr. John 12/12

Gris-Gris… Ce chef-d’oeuvre…

C’est toute la moiteur et la chaleur étouffante de La Nouvelle-Orléans qui nous tombent dessus passées les quelques secondes de l’introduction. Dr. John nous invite à lui rendre visite. Et c’est plutôt angoissant. Voix gutturale, chœurs de femmes, percussions, tempo lent et pesant… Il a des remèdes pour nous…

Rosalie Alley, New Orleans

C’est ainsi, encore baigné des effluves lysergiques de l’année psychédélique qui vient de s’écouler, que le monde de la musique découvre ce truc proprement inouï, début 68.

Les Rolling Stones bavent devant et s’en inspirent et Tom Waits, ben, il bâtira une bonne partie de sa carrière là-dessus, non ?

Ça colle bien avec l’époque, c’est suffisamment étrange pour plaire aux gobeurs d’acide et suffisamment enraciné dans le passé pour plaire aux amateurs de la vague conservatrice qui va balayer l’année 68 (Dylan vire country, The Band rapplique, les Stones abandonnent leurs chapeaux de magiciens et reviennent au blues et les Beatles font du Fats Domino…).

Dr. John, de son vrai nom Mac Rebennak (il fallait bien le signaler à un moment !), convoque toute l’histoire de la ville : Afro-Américains, Créoles, Cajuns, Haïtiens. Fantômes de l’Afrique et des Caraïbes, bruits d’animaux qui nous transportent dans les bayous les plus impénétrables de La Louisiane, évocation de lieux et de figures de La Nouvelle-Orléans.

Le bon docteur, qui a cotoyé Zappa à Los Angeles (où a été enregistré le disque) et dont l’art se rapproche parfois de Captain Beefheart (autre ami de Zappa), livre aussi deux petits bonbons musicaux plus doux pour faire passer la pilule, comme le faisaient les médecins du Quartier français, aromatisant leurs médicaments avec du soda…

Mais évidemment, il y a ce morceau final, J’ai marché sur des échardes dorées (avec une orthographe erronée, Guilded au lieu de Gilded)… tout un programme… dans lequel il lance, en français s’il vous plait, Je suis le grand zombie… Dérive vaudoue absconse dans les méandres du flot de pensées envappé d’un docteur somme toute assez inquiétant…

Un disque mystérieux et unique comme la ville qui l’a inspiré. Masterpiece.

This is the end of the trip, c’était mon hommage au docteur.

3 réflexions sur “Dr. John 12/12

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