Les années 80 sont finalement formidables 1/100, introduction


Les années 80 ont longtemps représenté à mes yeux tout ce qu’il fallait détester : synthés affreux, batterie pachydermique, effet chorus sur les guitares, production lisse… Trop de producteurs ont cru malin de copier le son de Toto ou de Phil Collins. Les grands noms des sixties ou des seventies ont fait n’importe quoi : McCartney s’est essayé au rap (enfin presque, Spies Like Us, nul), Bowie s’est rempli les poches en sortant ses disques les plus faiblards (pour rester poli), Queen a continué à faire tout et n’importe quoi mais avec des synthés en plus, Dylan a été transparent, Springsteen a fait de la muscu et on n’entendait plus que les synthétiseurs, Gainsbourg, en caricature de lui-même, a fait une espèce de funk navrant où on sentait frétiller la basse fretless calée sous le menton et remuer du catogan* (sinistre lignée de zicos qui rendait tout simplement impossible tout passage dans un magasin de guitares), Neil Young a fait n’importe quoi aussi mais dans son coin et différemment des autres, car lui c’est un phénomène, Stevie Wonder s’est vautré dans la guimauve, le papa de Marvin Gaye a calmé direct son rejeton d’une balle bien placée, ça lui apprendra à faire mumuse avec une boîte à rythmes, Cohen a gardé une certaine crédibilité mais bon, faut se farcir les cousines qui font n’importe quoi (les choeurs de Jazz Police, c’est pas possiiiiiiiiiiible…) et y’a encore plein de synthés…, les Stones, lucides, ont même appelé un de leurs albums honteux de cette époque Dirty Work, comme les Who avec It’s Hard, et ouais, pas facile… Elvis a eu le bon goût de mourir avant toutes ces âneries, Lennon, on l’a un peu aidé, mais c’est certain qu’il se serait vautré dans la même fange si on en croit la production de l’ultime Double Fantasy… Si on veut un catalogue de tout ce désastre, voir la reprise de Curtis Mayfield par Jeff Beck et Rod Stewart, y’a tout ce qu’il ne fallait pas faire : coupes de douilles, solos horribles avec effet chorus, voix en roue libre qui cabotine comme jamais, batterie style kermesse à Saint Offenge. Ou, autre exemple, Jagger et Bowie reprenant Dancing in the Street. Moche.

Le simple souvenir du Top 50 donne presque des envies de suicide : Viens boire un p’tit coup à la maison, Sabrina, Samantha Fox, Madonna, Bros, Desireless, Images, Bon Jovi, Europe, Jive Bunny, Wham!… La vache. T’allais à la vogue à Aix et t’endendais tout ça, t’avais envie de mourir. Dans le car qui t’emmenait au ski tous les dimanches matins, y’avait tout ce bordel, alors vite fait, tu mettais ton walkman pour écouter les Byrds et rêver de la Californie et des sixties… entouré de gens en combinaisons de ski fluos… certains poussant même le vice jusqu’à se faire des traits (fluos) de crème solaire sur les joues… oulala. Et au collège, t’avais un prof de musique qui te faisait apprendre tous les tubes de, tatata, la personnalité préférée des Français depuis Mathusalem… J.J. Goldman ! Zut !

Le clip Rio de Duran Duran devrait illustrer l’étendue des dégâts, solo de sax bien dégoulinant, sur une colline dominant l’océan ou bien sur un radeau. Vilain.

Même ceux qui se disaient fans de rock au lycée, je parle du tournant 80/90, ils étaient chiants : U2, Police, Dire Straits, The Wall de Pink Floyd… Si tu leur parlais des Fab Four ou des Byrds, les mecs riaient, y’a pas de solos là-d’dans, ils disaient… Y’avait les fans de hard, moules-burnes, vestes en jean sans manches avec écussons de partout. Jamais été mon truc, le hard, le métal. Certains groupes étaient particulièrement atroces, toute cette vague de Hair-Metal, brrrr…

Pour dire la vérité, y’avait 2, 3 personnes qui savaient, une fille par exemple qui avait écrit Echo & the Bunnymen sur sa trousse, mince, dingue ! Echo & the Bunnymen ! Et même, quelques années avant, au collège, une fille (encore) avait demandé à la prof d’espagnol de nous faire apprendre une chanson de la Mano Negra (chantée en espagnol évidemment), la prof nous l’a faite écouter une fois… et ça s’est arrêté là… Ah, ah. Trop underground sans doute, aha.

Bref, R.E.M. et Nirvana, au début des années 90, ont fait péter les digues rock alternatif/mainstream, ceux qu’écoutaient U2 et The Wall ont continué à trouver qu’y avaient pas de solos dans R.E.M. et disaient que Nirvana c’était du bruit… Ils étaient mûrs pour Muse. Les gros bêtas.

Parenthèse :

D’une certaine manière, cette arrivée du rock alternatif dans le mainstream nous a aussi valu une bonne grosse édulcoration de certains genres, à grands coups de production sous stéroïdes, ainsi le punk mélodique est passé des merveilleux Buzzcocks ou encore Undertones à un affreux groupe californien en bermuda style blink-182 ou aux Canadiens débiles mentaux de Sum 41… et dans un autre genre, quand on pense que Nirvana a pu influencer des horreurs comme Nickelback, on frémit… Certain que l’ami Cobain se retirerait une balle illico… Où sont frustration, colère et fragilité dans cette musique boostée aux anabolisants ? (J’en profite au passage, je fais un gros tas avec, dans des styles variés… : Linkin Park, Limp Bizkit, Sum 41, blink-182, System of a Down, Nickelback, Korn, Good Charlotte, Slipknot, Simple Plan… = poubelle). Bon sang, dans les soi-disant punks qu’il y a dans le tas, z’ont qu’à aller voir aujourd’hui du côté des Anglais de Shame pour voir ce que c’est la rage, la vraie.

Fin de la parenthèse.

Tout ce tralala pour dire quoi en fait ? Ben que c’est tout faux, les années 80 sont formidables. Vraiment. Il fallait juste aller chercher plus loin que le bout de son nez, plus loin que Marc Toesca et le Top 50, plus loin que RFM, plus loin que Drucker et Champs-Elysées… Quand on a 12 ans et qu’on habite une petite ville de province, c’est pas forcément évident alors, bon on écoute Thriller de Jackson (ah, c’est pas si mal, hein, même si y’a l’ombre d’un mec de Toto qui rôde sur tout l’album), Indochine (sic), quelques singles de Cure (dont Indochine était la version pour enfants, comme disait Ungemuth) et deux trois trucs inavouables aujourd’hui…

Car oui, en vrai pendant ce temps-là… il se passait plein, plein, plein de choses passionnantes… Dans l’ombre, souvent. Avec une fraîcheur et un enthousiasme pas vus depuis les années 65-67 sans doute… Le punk avait ouvert la voix, les labels indépendants foisonnaient, c’était eux contre les autres, simple et clair… Et c’était formidable finalement. Cette opposition mainstream/underground, pourrait être illustrée en image comme ceci :

Bon, évidemment, le monde est beaucoup plus complexe qu’une opposition binaire bien/mal, underground/mainstream… C’est pas Star Wars hein.

Il y a tout un nuancier de gris… On comprend ça en grandissant. Mais j’aime bien grossir le train et me moquer…

Donc c’est parti pour le défi, une chanson des années 80 tous les jours pendant 100 jours. Il y aura des (peut-être !) surprises, des classiques, des trucs (peut-être !) oubliés, des choses déjà évoquées dans le blog, des réhabilitations sur le tard, voire des plaisirs coupables et beaucoup de mauvaise foi comme d’habitude. Et de la subjectivité totale, hein, comme disait Godard, en art (fusse-t-il mineur) il n’y pas de chronomètre pour te dire qui est le meilleur. Ca aussi on le comprend en grandissant.

… Bon, on va pas non plus dire que tout se vaut, hein. Il y a des gens qui vendent leur âme pour les charmes de l’argent facile (cf la trajectoire d’un groupe comme Kings of Leon aujourd’hui ou encore le groupe, au début parfois agréable et aujourd’hui méprisable, Coldplay)… et d’autres qui se tirent une balle dans la tête pour avoir, entre autres, connu un succès non conforme aux idéaux du punk rock… Et puis, il y a des gens qui influencent un tas d’autres, ainsi, l’unique album des Sex Pistols a marqué des kilos et des kilos de groupes, alors que la quinzaine d’albums d’un groupe comme Journey… ? Allo ?… Les Pistols sont plus importants que Journey ou Phil Collins, basta.

C’est parti, après tout ce blabla, il s’agit de pas se rater en commençant la sélection avec Baltimora, Kajagoogoo ou Modern Talking… Ah, ah.

Alors, voici du solide.

On parlait de Cohen, tiens, ses cousines et ses synthés au ringardisme total… Martin Stephenson avait retenu la leçon du Cohen d’antan et en 86 offrait cette perle, sur l’album Boat to Bolivia. Bien oublié aujourd’hui… Pochette impeccable. Loin, très loin de Duran Duran.


*Copyright Y. F.

11 réflexions sur “Les années 80 sont finalement formidables 1/100, introduction

  1. Oh, après un tel réquisitoire, je m’attendais à ce que ça balance du méchant. Mais non, une petite mélodie toute calme toute gentille, limite scolaire. Sauf la voix bien sûr. Ca fait un peu penser à Kris Kristofferson d’ailleurs cette voix.

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