Plaisirs coupables

Si on a bien été éduqué à la critique rock orthodoxe, on a compris un truc : le rock progressif, c’est mal, ampoulé, compliqué, vain. Le punk l’a dégagé (pas tout à fait quand même, Muse va-t’en !) et c’est tant mieux comme ça.

J’ai bien pigé la leçon, je n’aime pas le rock progressif. Et j’aime les Sex Pistols. Amen.

Mais des fois… On ne suit pas le dogme à la lettre, par exemple, on doit aimer les Sparks, mais pour moi ça sonne pas bien mieux que Queen (aïe, je viens de me prendre une pichenette par un ayatollah de la critique)… On se doit aussi de détester les chansons Hotel California ou Angie, mais moi j’aime mieux écouter ça que Sonic Youth (aïe, encore, pardon Dieu miséricordieux).

Et puis des fois on se laisse carrément aller…

Voici mon péché.

C’est un groupe de rock progressif grec… Grec ? Oui, grec. Socrate, Platon, Aristote, le Panathinaïkos, la dette, tout ça…

Avec Demis Roussos comme chanteur. Demis Roussos, le chien-humain à poil long ? Oui, Demis Roussos.

La preuve :

Et aussi, Evangelos Odysseas Papathanassiou (ce nom !) ou encore, Ευάγγελος Οδυσσέας Παπαθανασίου, mais c’est plus compliqué, dit Vangelis. L’homme des synthés de Christophe Depardieu Colomb ? Oui, Vangelis (qui est aussi celui de Blade Runner, non mais !).

Pris en otages (oui, Florence Aubenas, de nos jours quand on ne peut pas prendre son train quand il y a une grève, on est pris en otage, d’ailleurs quand on défend un arbre qui va se faire couper en tapant sur un bidon usagé on est un Résistant, quant à celui qui coupe l’arbre, ben, c’est un nazi ou un fasciste, évidemment), bref, pris en otages par les événements de 68, nos grecs, qui voulaient se rendre à Londres, sont coincés en France et connaissent plusieurs succès (des slows) dans notre belle contrée.

Après quelques tubes, certes un peu sucrés (Demis Roussos aime le sucre, ça se voit, et sans doute aussi les plats gras ou alors il ne fait pas assez d’activité physique), bref, après quelques tubes un peu sucrés (mais pas plus sucrés que les très aimables Bee Gees des sixties ; pour les Bee Gees des seventies, c’est une autre histoire…), bref, disais-je, après quelques tubes un peu sucrés (Rain & Tears par exemple, ballade baroque), Demis et ses acolytes se lancent dans un double album concept, sur le thème… tintintin… de L’Apocalypse ! Rien de moins. Et là, ils quittent leurs oripeaux de groupe pop à succès, nos amis veulent faire de l’Art… Aïe, syndrome classique… Et donc, du rock progressif… Comme si le rock devait faire des progrès, pffff, on n’était pas bien avec notre A-wop-bom-a-loo-mop-a-lomp-bom-bom ?

La Bible sous le bras, de l’acide dans le cerveau, une bonne dose de feta dans l’estomac et sans doute des gâteaux (et des bonbons, voire de la moussaka), ils livrent 666, pas tout à fait écoutable sans drogues, il faut bien le dire… Par contre, tout à fait trouvable de nos jours dans les brocantes…

Mais, mais, mais, il y a quand même 2, 3 trucs… Dont ce The Four Horsemen.

Tout ceci est extrêmement sérieux, les 4 cavaliers de l’Apocalypse et tout le toutim.

Sur les couplets, Demis bêle comme une petite chèvre angora (on entend même sa clochette) mais le refrain, nom de Zeus (dieu grec, tiens donc !), déboulent une basse élastique, une mélodie percutante, une batterie diaboliquement (ben c’est normal, c’est 666, gare à toi !) souple.

Puis ensuite, c’est parti pour le solo qui dure 10 plombes. Vain exercice de virtuosité  ? Tant pis !

Plaisir coupable donc ! Assumé ! I love it! On n’écoute pas ça sur son petit téléphone dans un lieu inapproprié, hein, on fait péter sur une vraie chaîne et on me dit si ce refrain n’est pas une tuerie !

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