Tranches de vie

Manset…

Évacuons d’emblée tout ce qui fâche :

Une prétention poétique parfois peu inspirée (L’amour en Océanie, ce qu’on voit dans l’eau c’est Annie, super !)

Une prétention poétique parfois absconse (Par delà les plus hauts monts, au milieu des goémons, vit Salomon, pareil aux preux chevaliers teutoniques, comme les lépreux sataniques, et dont la descendance princière et millénaire, pour toujours, un jour quitta la terre, hum, oui…)

Une production parfois lourdingue (ce son immuable, bourré d’écho, ces solos de guitare électrique un peu cliniques…)

Des côtés prog-rock pas vraiment finauds (pléonasme ?) (La mort d’Orion)

Quelques morceaux limite boogie ou reggae bas du front et/ou paresseux (Mensonge aux foules et ces paroles pas bien meilleures qu’une chanson engagée (dans une bien mauvaise direction) de Tryo…)

Un goût immodéré pour Bob Seger (qui à part Manset se réclame de Bob Seger ?)

Un goût, disons, hum, prononcé, pour les jeunes filles asiatiques…

Une haute estime de soi (à raison sans doute…) : Qui écrit des choses comme ça dans la chanson française ? Personne… Père sonne ?

Mais bon, c’est cliché de l’écrire, mais c’est vrai, il y a un mystère Manset.

Vénéré par d’autres qui comptent (Murat en premier lieu, Dominique A, Bashung, le groupe belge dEUS, mais aussi d’autres noms disons plus classiques de la chanson française, Cabrel, Raphaël…, voir encore la compilation-hommage Route Manset), une collaboration avec l’habité Mark Lanegan…

Apparitions médiatiques moins que peu fréquentes, pas de concerts, quelques interviews emplies de solennité, un seul succès grand public, Il voyage en solitaire (en 1975, bien inspiré par le Imagine de qui vous savez, non, pas Mick Jagger), des critiques presque toujours dithyrambiques de la part d’une certaine presse (non, pas Télé 7 Jours…), une discographie sous contrôle, remaniée, parfois reniée…

Bonhomme rare et très à part, une carrière longue de 50 ans, univers musical figé ou presque, un même sillon creusé inlassablement…

Mais surtout, j’ai une histoire avec Manset, grâce à papa (encore !)…

J’ai 10, 12 ans, couché dans mon lit, je ne dors pas, du salon, trop fort dans la chaîne hi-fi pour cette heure tardive, provient un truc bizarre. Une voix spectrale, pleine d’écho, un rythme de batterie répétitif, lourd, hypnotique, un piano au diapason, une histoire de lion, de lumières, on sent que le gars ne rigole pas (vraiment, vraiment pas, jamais !), quelques giclées de guitare électrique, des chœurs féminins, ça parle de quelque chose qui a disparu, d’un truc important qui ne reviendra pas… On ne comprend pas tout mais on reste suspendu, attentif, hypnotisé pendant 12 minutes… Et depuis, toujours, on y revient…

Disons que ça vaccine à jamais contre la chanson dite festive.

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