A l’origine, le terme shoegaze avait une connotation un peu péjorative. Apparu dans la presse britannique au début des années 90 pour moquer l’attitude scénique en retrait, immobile, de certains musiciens qui semblaient fixer leurs chaussures pour ne pas se rater avant d’appuyer sur leurs pédales d’effets (alors, oui, sans pédales d’effets, point de shoegaze, pour créer ce mur de guitares enveloppant, saturé, tourbillonnant, oscillant, il en faut, des tas !), il a depuis acquis une réputation bien différente.
Petit rappel historique imparfait… si on doit chercher des racines à cette musique, allez, on ne prend pas trop de risque en disant que le Velvet Underground y est pour quelque chose dans l’usage de la distorsion. Mais c’est évidemment après la vague punk que les choses se précisent. Au Royaume-Uni, on peut repérer des indices chez Spacemen 3 (eux-mêmes enfants du Velvet), Siouxsie, Cure, Cocteau Twins (ces voix éthérées), The Jesus and Mary Chain, The House of Love et chez les Américains, on peut mentionner Sonic Youth, Dinosaur Jr., Pixies…
Bref, à la fin des années 80, début des années 90, l’Irlande et l’Angleterre voient l’arrivée d’un tas de groupes qui vont être rangés sous cette étiquette. Mur de guitares, voix mixées en retrait, effet tourbillonnant… Pale Saints, Ride, Boo Radleys, Moose (à ses débuts), Chapterhouse, Slowdive, Swervedriver, Lush pour les plus connus…
Le genre a laissé à la postérité de l’histoire du rock le monument pourpre Loveless (1991) des Irlandais de My Bloody Valentine. Si sa conception entourée de légendes a évidemment contribué à sa notoriété, ce qui frappe aujourd’hui c’est à la fois que la production et son audace expérimentale n’ont pas pris une ride mais aussi que son influence, depuis facilement plus de 10 ans, ne cesse de s’étendre sur les jeunes musiciens de la scène indépendante (et notamment aux Etats-Unis). Il ne se passe pas un mois sans qu’un groupe (évoqués dans ces pages, on pourrait citer Beach House ou Beach Fossils) se revendique d’un mouvement à l’origine plutôt éphémère puisque balayé par le grunge puis la britpop.
Il faut aussi mentionner la cote de Slowdive auprès de la nouvelle génération (aidée par le fait que le groupe a repris du service et connait une seconde partie de carrière plus qu’honnête), l’album Souvlaki (93) grimpant vers le sommet des listes des meilleurs albums du genre…

Bref, si DIIV n’est pas non plus un perdreau de l’année (leur premier album date de 2012), ils ont sorti leur 4e opus en mai de cette année. Et s’il fallait démontrer l’influence vivace de My Bloody Valentine, les dernières secondes, avec cette citation littérale de la guitare d‘I Only Said (6e morceau de Loveless), pourraient servir d’exemple.