Ode to Bobbie Gentry 6/7

Bon, là attention, c’est la crise d’épilepsie…

Fancy, la chanson !

Ce morceau a des similarités avec Son of a Preacher Man ou encore Willie and Laura Mae Jones (chanson de Tony Joe White aussi reprise par Dusty Springfield).

Mississippi Delta, quoi.

De la moiteur, de l’âme, des tourments, des musiciens d’une classe hors norme, c’est enregistré à Muscle Shoals, Alabama, été 69…

Non mais faut imaginer le truc quoi, la chaleur implacable, le studio, les musiciens, Bobbie qui chante, ils enregistrent ce truc, ils sortent, c’est 1969, trou paumé de l’Alabama, des bagnoles américaines de l’époque sur le parking du motel… Légende.

Gentry écrit Fancy et c’est carrément un roman. L’itinéraire d’une jeune fille paumée (white trash) des faubourgs de La Nouvelle-Orléans (We lived in a one-room, run down shack, On the outskirts of New Orleans) que sa mère incite plus ou moins à la prostitution (Just be nice to the gentlemen, Fancy, And they’ll be nice to you), ça tourne mal, elle est à la rue, sa mère meurt, les services sociaux emportent son petit frère (Cause the welfare people came and took the baby, Momma died, and I ain’t been back) et finalement se sort de sa situation en s’acoquinant avec un vieux riche (It wasn’t long after a benevolent man, Took me in off the street, And one week later I was pourin’ his tea, In a five-room hotel suite)… Qu’on ne vienne pas lui donner des leçons de morale : Now, in this world there’s a lot of self-righteous, Hypocrites that would call me « bad », And criticize my momma for turning me out… car elle est toujours hanté par le désespoir de sa mère : I can still hear the desperation, In my poor momma’s voice ringin’ in my ear

Alors William Faulkner ou Tennessee Williams, pas mal non ?

Une sorte de cousin musical du film Pretty Baby de Louis Malle quoi.

Le reste de l’album est encore constitué de pas mal de reprises (on a remis I’ll Never Fall in Love Again !), du beau, du grand : Leon Russell, Bacharach encore (Raindrops Keep Fallin’ on My Head !), Harry Nilsson, Laura Nyro, James Taylor… ouf ! Ce disque sonne plus soul et roots que Local Gentry par exemple ou que celui en duo avec Campbell. C’est superbe, vraiment superbe (la chanson He Made a Woman Out of Me, pfff, c’est dosé soul sudiste à 90%). C’est sorti en 70 et ça a pas mal marché.

Mais voilà, Fancy, la chanson, c’est une tuerie et Gentry y voyait son manifeste féministe :

Fancy is my strongest statement for women’s lib, if you really listen to it. I agree wholeheartedly with that movement and all the serious issues that they stand for — equality, equal pay, day care centers, and abortion rights.

Fancy est ma déclaration la plus forte pour la libération des femmes, si vous écoutez bien. J’approuve totalement ce mouvement et les questions importantes qu’il défend : égalité, égalité de salaire, développement des crèches, droit à l’avortement.

Big love.

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