Le prophète de l’electro

Et Varèse alors ? Dans le morceau proposé il y a quelques temps, à part une sirène, il n’y avait que des instruments classiques. Pourtant, certains n’hésitent pas à l’appeler le prophète de l’electro (Guillaume Kosmicki, Musiques électroniques : Des avant-gardes aux dance floors). Alors ?

C’est vrai que le gars a eu l’intuition des possibles avant l’arrivée proprement dite d’instruments électroniques. Il envisageait déjà des sons dégagés des limites des instruments existants.

Il ne fut ensuite pas le seul à se diriger franchement dans l’expérimentation électronique. Il faudrait s’étendre sur la diffèrence (et parfois la radicalité des postures théoriques) entre musique concrète et musique électronique mais disons qu’en plus de Varèse, l’Américain John Cage, les Français Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Olivier Messiaen, Darius Milhaud, l’Allemand Karl-Heinz Rummen… non, ça c’est un footballeur, Karl-Heinz Stockhausen, l’Italien Luciano Berio et bien d’autres ont parcouru des territoires sonores similaires…

C’est un continent à explorer. Ardu quand même…

Toutes ces expérimentations du XXe siècle (dodécaphonisme, musique sérielle, musique concrète, etc…, pour ne parler que musique mais tous les arts sont concernés) sont extrêmement intéressantes et intellectuellement stimulantes. Elles posent de nombreuses questions sur la remise en cause et la déconstruction des codifications de la musique occidentale mais aussi sur le rapport au public. Ainsi, plus de 110 ans après le manifeste des futuristes (Luigi Russolo, L’art des bruits), on est en droit de se demander si tout cela ne conduit pas finalement à une impasse (où va-t-on une fois que tout a été déconstruit ? Les musées d’art contemporain ne nous resservent-ils pas peu ou prou les mêmes choses révolutionnaires depuis des lustres ?). De même le compositeur autrichien Webern pensait que dans le futur des peintres en bâtiment siffleraient des mélodies sérielles en travaillant, le moins que l’on puisse dire c’est que c’est raté et que tout cela reste globalement l’affaire d’une élite intellectuelle cultivée.

Bref.

En 58, Varèse compose Poème électronique, oeuvre jouée lors de l’Exposition Universelle de Bruxelles sur 450 enceintes dans un espace conçu par Le Corbusier et Iannis Xenakis (autre musicien important).

Pour être précis, il s’agit d’une pièce de musique électroacoustique (sorte de synthèse entre la musique concrète et la musique électronique), c’est-à-dire faite de sons ou bruits réels (parfois traités et modifiés) et de sons électroniques.

Nul doute que l’expérience devait être intéressante pour les auditeurs de l’époque.

Ecoutée aujourd’hui, au mieux sur une chaine stéréo, au pire sur un portable… hum… disons que ce n’est sans doute pas comparable…

Ceci dit, si le livret du disque parle d’une oeuvre puissamment émouvante, je me contenterai de dire que son écoute n’est pas aussi redoutable qu’on pourrait le craindre…

Evidemment, on est encore très loin de Get Lucky de Daft Punk. Pour les dance floors il va falloir encore patienter…

Une réflexion sur “Le prophète de l’electro

Laisser un commentaire