L’affaire semble quand même pas mal pliée.
Bien que dans mon coeur Public Enemy restera comme le plus grand groupe de rap, les amateurs placent quasiment toujours le Wu-Tang Clan devant. Soit.
Si on schématise, au début le rap commence plutôt festif et new-yorkais (Sugarhill Gang, Kurtis Blow), se politise un peu (Grandmaster Flash), s’ouvre aux influences electro (Afrika Bambaataa), s’ouvre au rock (Run-D.M.C., Beastie Boys, Public Enemy), se politise beaucoup (Public Enemy), puis le gangsta rap déboule de Los Angeles (N.W.A), des non alignés font des choses plus posées et super cool (De La Soul, Jungle Brothers, A Tribe Called Quest)… En 92 le gangsta rap frappe fort en devenant plus lent et hyper funky (92, The Chronic, Dr Dre, un classique). Mais la côte est ne s’en laisse pas compter et reprend le flambeau avec Wu-Tang Clan, collectif de rappeurs. Un soir froid, dur, minimaliste, new-yorkais.
Bref, autant dire qu’à l’époque, Public Enemy avait l’air fascinant mais me faisait peur (sons stridents, pochettes mystérieuses). De La Soul avait l’air de hippies sympas et c’est vrai que le single Ring Ring Ring (Ha Ha Hey) (1991) était vraiment top, mais bon, j’écoutais de la pop anglaise en vrai. Donc Wu-Tang Clan, c’est arrivé quelques années après dans mes étagères.
Public Enemy était violent, dur, froid, rapide, la production était grouillante de sons, Chuck D martelait ses textes, Flavor Flav faisait le guignol pour faire redescendre un peu la pression, il y avait des sortes de refrains, l’écoute de leurs disques est exaltante même si exténuante.
Wu-Tang Clan sonnait beaucoup plus chiche, des maigres samples (des extraits de films de Kung Fu, quelques notes de piano qui tournait en boucle), des rappeurs brutaux qui prenaient le micro tour à tour, pas vraiment de refrain, pas forcément aimable, un son sale, et pourtant le succès fut immense. Comme quoi.
Les années 90 et les suivantes verront naitre des albums solos de plusieurs des membres du collectif (Ol’ Dirty Bastard, Raekwon, Genius/GZA, Ghostface Killah…), en 93/94/95, le Wu-Tang Clan et quelques autres (Black Moon, Nas, Mobb Deep…) remettent New York sur la carte du hip hop.

Alors, sur ce premier opus, je vais choisir Tearz avec ce sample d’une chanteuse oubliée de la Stax (un titre de 1964). Le sample dit After laughter comes tears. Explication : le premier rappeur, RZA, sur le premier couplet raconte comment son jeune frère s’est fait descendre alors que lui était en train de prendre du bon temps avec ses copains. Donc il rigolait (laughter) puis, ben, il pleure (tears). Je ne sais pas si l’histoire est vraie mais son interprétation est très très convaincante. Un passage, celui où il réalise que son frangin est mort :
I ran frantically, then I dropped down to his feet
I saw the blood, all over, the hot concrete
I picked him up, then I held him by his head
His eyes shut, that’s when I knew he was
Aw man! How do I say goodbye?
Du coup, le deuxième couplet, par Ghostface Killa, parait un poil plus faible (il parle d’un copain qui meurt du SIDA…).
En bonus, tout en bas, la chanson d’où est tirée le sample car c’est toujours bien de voir d’où ça vient et c’est toujours bien de faire un tour chez Stax.
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