Histoire d’une chanson…

Bitter Sweet Symphony ?

A fucking masterpiece selon son auteur Richard Ashcroft.

Auteur ?

Vraiment ?

Mais c’est quoi ce bordel avec cette chanson ?

Ok, on rembobine.

Il faut remonter à 1958 et aux Staple Singers (amour)…

Les Staple Singers sortent This May Be the Last Time, gospel dont les auteurs sont vraisemblablement inconnus…

Mick Jagger et Keith Richards, qui s’y connaissent en musique américaine, entendent le morceau et le pompent en partie pour leur chanson The Last Time, sortie en 65.

C’est le moment de comparer.

Bon, et alors, quel rapport avec The Verve ?

Ok, alors maintenant il faut parler d’Andrew Loog Oldham, manager et producteur des Stones, c’est lui qui produit The Last Time. Un type épatant. Ce mec a eu, au moins, deux idées géniales, d’abord changer l’image des Rolling Stones en les présentant en rebelles face aux gentils Beatles et ensuite il a poussé Jagger et Richards à composer leurs propres morceaux. Y’avait de l’idée… C’est aussi le créateur d’Immediate Records, un label indépendant responsable de plusieurs merveilles de la pop britannique…

Le gaillard monte le Andrew Oldham Orchestra, basiquement, il prend des musiciens classiques (mais pas que) et leur fait jouer des versions orchestrales de tubes pop et rock. En 66, il sort le Rolling Stones Songbook et on y trouve cette version de The Last Time, et c’est là que les choses deviennent très très intéressantes…

Ah, ah, on y est ! Tempo ralenti, cordes et tout le tralala. C’est trop classe. Et hop, il faut rendre hommage à un autre bonhomme, David Whitaker, c’est lui qui a écrit les arrangements de cordes. Qui c’est ce mec ? Oh, trois fois rien, c’est aussi l’homme derrière Comic Strip de Gainsbourg ou Comme d’habitude de qui vous savez…

Bref, en 1997, The Verve veut sampler une partie du morceau pour leur chanson Bitter Sweet Symphony. Problème, les droits appartiennent à Allen Klein, hommes d’affaires plus que douteux (qui gérait les affaires des Stones durant la deuxième moitié des années 60). Il refuse. The Verve utilise quand même le sample… et hop, une armée d’avocats lui tombe sur le dos… On crie au plagiat, Jagger et Richards se retrouvent nommés compositeurs du morceau (alors qu’on comprend bien qu’ils n’y sont pas pour grand-chose car il y a un monde entre leur version de The Last Time et celle du Andrew Oldham Orchestra)…

C’est une affaire de gros sous puisque le morceau est un énorme succès… The Verve se fait bien entuber… Oldham réclame sa part aussi… bref…

Il y a quelques échanges d’amabilités entre les musiciens, Ashcroft, tout en reconnaissant les Stones comme le plus grand groupe de rock’n roll, ne peut s’empêcher de remarquer que Bitter Sweet Symphony est leur plus gros hit depuis… Brown Sugar, 1971…

Finalement, tout est bien qui finit bien, en 2019, Jagger et Richards renoncent à leurs droits. Ashcroft redevient l’auteur de Bitter Sweet Symphony, ce fucking masterpiece

Ainsi donc, voici un des morceaux les plus emblématiques de la pop britannique des années 90, avec un clip idoine… arrogant et hautain, Ashcroft marche, rien de ne peut l’arrêter, en 97 il règne sur l’Angleterre…