Héros de la classe ouvrière

Les habitations à loyer modéré, les parties de foot dehors avec les copains, les intérieurs au mobilier bon marché, les odeurs de cuisine qui flottent, les lits défaits aux draps qu’il faudrait songer à changer, les engueulades, les rires, les attroupements lors des bagarres, les insultes qui fusent, les accents à couper au couteau, les papas taiseux qui rentrent du boulot fatigués et qui s’affalent dans le canapé, les mères en tablier qui gueulent par la fenêtre pour appeler leur progéniture, les mères qui élèvent seules leurs enfants, les mères seules tout court, la vieillesse solitaire qui n’en finit pas derrière les volets tirés, la télé allumée du matin au soir, le bruit de la chasse d’eau du voisin du dessous, les gueules minées par le mauvais alcool, les ventres qui débordent des marcels sales, les cartables jetés dans l’entrée et les goûters avalés à la va-vite, les montées d’escaliers qui sentent la pisse, les pieds, l’essence et la transpiration, les fins de mois honteuses que l’on tait, les vieux cons racistes et les petites frappes qui les emmerdent, les abords des bâtiments jonchés de détritus, la musique qui traverse les murs, les chambres partagées avec frères et soeurs, les photos de famille jaunies fixées sur une tapisserie hors-d’âge, l’échec scolaire dont on se contrefout et les premières amours à l’abri des regards, les gestes de tendresse rares, les amitiés indéfectibles qui se nouent, les âmes emplies de larmes, les bouts de carton pour glisser sur quelques maigres centimètres de neige mélangés à de la terre, le matin de Noël avec les mômes qui sortent essayer leurs jouets en plastique, les soirées d’été où le soleil ne se couche jamais, la peau salée par la transpiration, les mains que l’on se lave rapidement dans le lavabo entartré à l’émail jaunâtre avant de filer mettre les pieds sous la table, l’insouciance de l’enfance, cette période qui semble ne jamais devoir finir…

Madness connaît tout ça et en capture la beauté, sans misérabilisme, sans condescendance, à hauteur d’homme. C’est frais, insolent, entrainant, mélodique. Pop de la classe ouvrière, sociale, socialiste (oui, en 80 dans l’Angleterre thatchérienne, ça voulait dire quelque chose) et parfaite. Et puis merde. Ce groupe est fabuleux, l’album The Rise and Fall est le Village Green Preservation Society des années 80 et leurs singles valent ceux des Kinks. Des héros.



Single issu du deuxième album, ska-pop irrésistible au clip dingo

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