
Le mec monte dans le bus, tous les jours la même tronche, tous les jours les mêmes habits, tous les jours les écouteurs vissés dans les oreilles, il n’adresse la parole à personne. On sait qu’il écoute Public Enemy, et, en 1990, Lycée Marlioz, Aix-les-Bains, il ne doit pas y en avoir beaucoup d’autres qui le font.
Public Enemy, qu’est-ce qu’on en sait à cette époque ? Le rap c’est le CNN noir, des images de mecs habillés en miliciens, lointains cousins des Black Panthers, des pochettes assez inquiétantes, des bras tendus au-dessus d’une platine, deux gars derrière des barreaux, Fear Of A Black Planet…
Rap dur, politisé, urbain, agressif, new-yorkais, qui ne cherche pas à séduire, extrait d’un discours de Jesse Jackson lors du concert de Wattstax en ouverture, tempo rapide, couinement de saxophone piqué chez les J.B.’s pour ajouter à l’ambiance anxiogène, Chuck D assène sa vérité à coups de poing, interventions du trublion Flavor Flav, scratches du DJ Terminator X, titre clin d’œil au film La fureur de vivre (Rebel Without A Cause en anglais). On en sort exsangue et giflé.
En trois (quatre ?) albums fondamentaux, Public Enemy s’installe au sommet du rap américain. Pas certain que quelqu’un les en ait délogés depuis.
A écouter fort.
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