England is mine, AMOUR, AMOUR, AMOUR

Bon, c’est l’heure, je sors du visionnement du biopic sur Morrissey, England is Mine. On y va, promis depuis pas mal de temps, un article sur les Smiths.

Ouach, comment parler sereinement de ça ? Ce groupe qui a causé plus de suicides au moment de son split qu’au moment de la fin des Beatles ou de la mort d’Elvis réunies ? Comment parler sereinement de ce groupe qui a créé chez ses fans des scènes de dévotion insensées ? Comment parler d’un groupe qui par sa seule existence a donné naissance à ma bible musicale des années de jeunesse (Les Inrockuptibles, bimestriel et mensuel !).

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Il faut le voir avec du recul, ça tombe bien c’est ce qui m’est arrivé. J’ai tout pris dans la poire après la bataille, le groupe était séparé depuis 5 bonnes années quand j’ai posé mes premières oreilles dessus.

Un ami qui me voulait du bien m’a filé cette cassette.

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Le même qui m’avait prêté celle-ci.

Ca ne ressemblait à rien que je connaissais, tout juste un break avec beaucoup d’arpèges qui m’a vaguement fait penser aux Byrds. Sinon, rien de vraiment évident, cette voix étrange, ce chant bizarre, monocorde…

Certes, j’ai abordé ça avec un à priori plus que favorable, l’aura mystique qui entourait son nom, ses pochettes parfaites, les titres de leurs chansons, comme autant de manifestes sibyllins, la promesse d’une musique qui changerait ma vie.

Avec une certaine fébrilité j’ai trouvé un de leurs disques dans le magasin pourtant chiche de ma petite ville de province : Strangeways, Here We Come que ça disait.

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Et biff bang pow, la claque, de l’étrange ska de A Rush and a Push à la tristesse acoustique de I Won’t Share You en passant par la tornade pop de Stop Me… ou la délicatesse de Girlfriend in a Coma, ouais ça y est, on achète des tonnes de disques pour ça, tomber sur Le groupe qui va nous accompagner pour toujours. Les Smiths c’est ça. Hier, aujourd’hui et pour toujours. Les Smiths, c’est la rencontre d’une personnalité solitaire, passionnée de girl groups des années 60, des New York Dolls et de littérature et d’un guitariste fan de rock pur et dur. Les Smiths sont signés chez Rough Trade. On fonce dans le tas. Le premier album est bon mais la production ne rend pas justice au groupe, pas grave on sort un disque enregistré à la BBC (chez John Peel, s’il vous plait), celui de la cassette au-dessus.

Ils déclarent la guerre aux mangeurs de viande, Meat is Murder, album sur lequel Morrissey évoque son enfance difficile (Barbarism Begins At Home), quelle brochette de chansons ! Tenez par exemple, celle qui ouvre l’album : The HeadMaster Ritual en 85, où les affres de l’éducation anglaise…

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Et hop ! En 86 The Queen is Dead, boy ! Le chef-d’œuvre du groupe. Là j’en perds mon latin, y’en a trop ! Par exemple : Cemetry Gates, quelle inventivité. C’est littéralement époustouflant de finesse, de recherche et le tout sans jamais attirer les projecteurs sur un des musiciens (les guitares de Johnny Marr, pourtant !), tout est au service de la chanson, c’est ça le secret de la bonne pop ! Nomdidiou.

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Mais, j’oubliais, comme au temps béni des sixties, les Smiths ne se contentent pas de sortir un album par an, non, ils refourguent aussi des tueries de singles qu’on ne retrouvent pas sur les albums en question !!! C’est ça qu’est bon !

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Que dire encore ? Les interviews de Morrissey dans lesquelles il évoque son asexualité ? La chronique désespérée du journaliste des Inrockuptibles, JD Beauvallet, apprenant la fin du groupe ? Alors, oui, les Smiths sont les musiciens préférés des petits chérubins asociaux cloîtrés dans leur chambrette de grands ados tout nigauds, mais pas que. Non pas que. Les Smiths sont aussi ceux qui déclarent la Reine morte (Morrissey solo mettra aussi Thatcher sur la guillotine…), qui parlent de maltraitance, de faits divers sordides, qui glorifient la gouaille populaire. Groupe parfait, chansons parfaites, itinéraire parfait, pochettes parfaites. On n’aura pas eu le temps de les voir vieillir, grossir, perdre leurs cheveux ou devenir des espèces de chippendales musculeux. En 4, 5 ans la messe est dite. Morrissey en solo peut bien soulever de la fonte et faire des UV, au temps des Smiths, ce grand concombre fragile était beaucoup plus touchant. Un des groupes anglais parmi les plus emblématiques et les plus importants (en termes de reconnaissance critique, d’influence sur ses pairs). Et enfin, ils sont de Manchester ! On peut passer à autre chose. Amen.

Ah, non, pardon, il faut choisir une chanson… hum…

Cruel dilemme. Allez, je prends There is a Light That Never Goes Out, pour son romantisme morbide. Version Queen is Dead et en plus la version live de Morrissey solo en 2005 pour ses 45 ans. Pour comprendre combien sont nombreux ceux qui seraient prêts à mourir à ses côtés… Mais on peut aussi essayer n’importe quel autre morceau, il y a peu de déchets dans leur discographie.

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