
C’est mon centième post sur ce blog.
Aujourd’hui, mon Everest.
Love, Forever Changes, 1967.
J’ai une histoire avec ce disque.
Hiver 91, un hors-série de Rock & folk, un album qui me fait de l’œil. Forever Changes. Les années 60, la Californie, la pochette psychédélique, le nom du groupe. Miam.
Noël 1991, un voyage scolaire en Angleterre, surexcité devant les bacs des disquaires, je n’arrive plus à me rappeler du nom de l’album, j’en achète un autre… raté !
Hiver 91/92, Valloire. J’achète mon premier Inrockuptibles. XTC en couverture, à l’intérieur, une interview d’un certain Arthur Lee, leader de Love, groupe des sixties de Los Angeles.
On y parle de drogues, des années 60, de Los Angeles, des Doors, de Hendrix et d’un album nommé Forever Changes, que j’adore déjà avant d’en avoir écouté la moindre note.
Il a fallu attendre un autre voyage scolaire, celui de mon frère, pour qu’enfin, je me retrouve en possession du précieux enregistrement, Forever Changes, mon disque préféré depuis ce jour.
Tous les printemps, rituel obligé, je m’installe confortablement pour une écoute religieuse, écoute qui se termine immanquablement par les poils des bras dressés au garde à vous, lorsque les cuivres et les cordes de You Set the Scene s’emballent.
Love, c’est un petit groupe de L.A., multiculturel, si j’ose dire, qui fait ses armes dans les clubs locaux. Hendrix aurait piqué sa dégaine à Arthur Lee et Jim Morrison, sa petite amie. Signé sur le même label que le groupe de Morrison, Elektra Records, Lee, qui avait incité le patron du label à aller voir les Doors sur scène, verra aussi ces derniers lui piquer la vedette. Les deux groupes partagent aussi les mêmes producteurs et ingénieurs du son, Bruce Botnick et Paul A. Rothchild.
Les membres de Love vivent dans leur château, sur une petite colline de L.A., Summer of Love et tout le tralala. J’y suis passé…

Une carrière bizarre, de bons albums avec quelques signes du potentiel baroque, un chef-d’oeuvre du psychédélisme californien (Forever Changes, donc), dernier opus avec le line up originel puis des choses plus classiques, en dents de scie.
Il faut avoir vu mon héros Michael Head chanter ses propres merveilles dans la cuisine de sa maman avec son t-shirt de Love. Il ne se doute sans doute pas à cette époque qu’il accompagnera plus tard Arthur Lee pour une tournée.
Bref, Forever Changes, album où prédomine la guitare acoustique, une batterie légère, des arrangements de cordes et de cuivres, la voix d’Arthur Lee et des mélodies de premier ordre. Album parfait du Summer of Love qui contient dans ses zones d’ombre la chute et la fin inéluctable du rêve sixties : Charles Manson, Altamont, l’héroïne…
C’est la chanson de la semaine, il faut donc en choisir une. Et ce n’est pas facile et un peu réducteur tant ce disque se savoure comme un tout.
Alone Again Or, merveille, désormais classique, avec ses trompettes mariachis.
A House is Not a Motel, cavalcade déchirée par les guitares.
Andmoreagain, douceur pastorale aux cordes printanières.
The Daily Planet et ses nombreux changements rythmiques qui s’enchaînent sans jamais paraître forcés.
Old Man, bijou de folk, chanté par la voix douce de MacLean.
The Red Telephone, sa mélodie élastique, ses différentes parties dont celle parlée à la fin.
Maybe the People Would Be the Times Or Between Clark and Hilldale, pop légère et féerique.
Live and Let Live, où la guitare aiguë de A House is Not a Motel refait son apparition.
The Good Humor Man He Sees Everything Like This, pizzicato de cordes et cuivres coquetant, superbe.
Bummer in the Summer, son débit rapide mi-chanté mi-parlé.
You set the scene, donc, final tourbillonnant, morceau sophistiqué qu’on imagine construit par collage de deux chansons différentes.
Je vais opter pour Alone Again Or, morceau d’ouverture composé par MacLean mais sur lequel prédomine la voix de Lee, en espérant qu’il vous incitera à découvrir la suite de ce délice psychédélique.
Pet Sounds est un chef-d’oeuvre, un poil trop pensé ? Revolver est un chef-d’oeuvre à qui il ne manque que le côté West Coast ? Forever Changes est pour vous, forever.
Forever changes fait partie du dernier cercle des quatre ou cinq disques les plus raffinés, les plus remarquablement écrits et interprétés, les plus fiévreux et foudroyants de toute l’histoire du rock.
Christophe Conte, Les Inrockuptibles.
Amen.
Et la pochette est comme ça, pour ne pas le rater…

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