
Entre 72 et 76, la sensation Motown Stevie Wonder se transforme en monstre créatif de génie.
Il enquille 5 chefs-d’oeuvre, dont un double, assurant parfois presque l’intégralité du boulot de production, de composition et même d’interprétation.
Il fait alors preuve d’une audace incroyable (les sons électroniques, les thèmes abordés) tout en livrant une musique à l’universalité et à l’accessibilité totales, ce qui est, pour moi, la marque des très grands.
Puisque je parlais ailleurs de la célébration des grandes figures historiques afro-américaines, j’ai choisi de m’arrêter aujourd’hui sur ce Black Man, extrait du fondamental, indispensable et génial Songs In The Key Of Life de 1976. Le morceau coïncide avec le bicentenaire des Etats-Unis. Fait exprès, évidemment.
Ou comment réviser son histoire afro-américaine tout en dansant sur un brasier funk. La classe intégrale.
Tout au long des 8 minutes que dure la chanson, Stevie passe en revue quelques grands noms, souvent oubliés des livres d’histoire, de la culture noire. Mais comme il défend l’harmonie entre les peuples, il cite également des Blancs, des Jaunes, des Rouges… Des noms souvent oubliés, eux aussi, à part quelques -uns.
La fin de la chanson, sous la forme d’appel-réponse, poursuit l’hommage.
Les références sont :
Crispus Attucks, un des premiers hommes à mourir contre les Anglais lors du massacre de Boston, figure mythique de l’indépendance des USA.
Les Indiens d’Amérique, premiers hommes sur le sol américain, ben oui.
Pedro Alonso Nino, guide lors des voyages de Christophe Colomb.
Les ouvriers chinois qui ont participé à l’installation du chemin de fer américain vers la fin du XIXe.
Dr. Daniel Hale Williams, un des premiers chirurgiens du cœur.
L’indien Squanto qui a aidé les pèlerins du Mayflower à survivre.
Cesar Chavez, syndicaliste, défenseur des droits des ouvriers de la ferme.
Edison, un des concepteurs de l’ampoule électrique.
Benjamin Banneker, qui a participé à l’élaboration de Washington, créateur de montres, d’horloges, d’almanachs.
Sacagawea, l’indienne qui a guidé les pionniers Lewis et Clark dans leur expédition vers le Pacifique.
Bruce Lee, pionnier des arts martiaux aux Etats-Unis. Le petit dragon frappe avec sa queue…
Lincoln, qui a proclamé l’émancipation des esclaves.
Matthew Henson, premier homme à mettre le pied au pôle nord avec l’expédition Peary (même si l’exploit est sujet à caution…).
Sing Kee, un asiatique qui s’est illustré lors de la Première guerre mondiale.
Dr. Charles Drew, précurseur dans l’organisation du don du sang à grande échelle.
Hayakawa, brillant professeur.
Garrett Morgan, un des précurseurs des feux de circulation et de l’invention du masque à gaz.
Harvey William Cushing, un chirurgien qui a fondé la neurochirurgie.
Hiawatha, fondateur de la confédération des Iroquois, union de tribus vers 1570.
Michio Kushi, leader du premier centre macrobiotique aux Etats-Unis.
Jean Baptiste, fondateur de la ville de Chicago.
Dennis Banks, un des organisateurs du Mouvement amérindien.
Luis de Santangel, financeur du premier voyage de Christophe Colomb.
Harriet Tubman, qui a aidé à l’évasion de nombreux esclaves.
T.J. Marshall, inventeur de l’extincteur d’incendie.
Alors, pour lier l’utile à l’agréable, j’ai travaillé ça avec mes élèves dans le cadre du Black History Month : musique (pour Stevie), art (pour la création du bandeau), français (pour la rédaction des étiquettes), histoire (évidemment), maths (pour la chronologie), informatique (pour les recherches), voici le résultat :

Donc, on met ça sur sa chaîne hi-fi, on monte le son et…
8 réflexions sur “Génie noir”