Prince est mort, vive Prince !
Plutôt qu’une nouvelle contribution à la rubrique nécrologie, voilà une évocation en creux du petit homme de Minneapolis sous forme d’hommage à son absence d’œillères musicales. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que je vais partir de lui pour faire écouter tout autre chose !
En 85, l’auteur de Purple Rain crée son propre label, Paisley Park Records, possède un complexe d’enregistrement baptisé Paisley Park Studios et écrit une chanson nommée Paisley Park. Bien, et alors ?

Et alors, tout cela témoigne de son amour pour le mouvement musical Paisley Underground, évoqué en ces termes depuis 1982 (dans une interview par un membre du groupe The Three O’ Clock) et prouve ainsi, si nécessaire, l’ouverture d’esprit de notre récent défunt car tout ceci n’a rien à voir, ni avec la soul, ni avec le funk, ni même avec le hip-hop, autant de genres qui viennent d’emblée à l’esprit quand on évoque le rival de Michael Jackson.
Paisley Underground, mais encore ?
En 82, à l’heure du synthé triomphant, une flopée de groupes californiens résiste, le regard tourné vers les sixties, plus précisément vers les Byrds, le Velvet Underground et dans une moindre mesure, Big Star (oui, je sais, ça c’est les années 70), dont j’ai déjà vanté les mérites ici. A cela, ils ajoutent une petite touche héritée du mouvement punk : un état d’esprit, une manière de se débrouiller tout seul, une absence d’inhibitions, une certaine fougue…
Ainsi, The Three O’ Clock, Rain Parade, Green On Red, The Bangles, The Long Ryders, Dream Syndicate et quelques autres, aux styles et aux destins très variés (il y a quand même un monde entre la pop survitaminée des Bangles et l’Amérique glauque des chansons de Green On Red), dessinent les contours de ce qu’on regroupe sous l’étiquette Paisley Underground. Leurs points communs : amour des sixties, des mélodies, des guitares, du psychédélisme (c’est à dire la musique inspirée, voire créée, sous l’emprise de LSD), l’époque (début et milieu des années 80) et le lieu (la Californie, plus précisément Los Angeles).
Les seules à avoir réellement touché le grand public sont les Bangles, Prince leur a d’ailleurs écrit une chanson (Manic Monday, il a sûrement couché avec une des musiciennes par la même occasion…) et a sorti un album des Three O’ Clock sur son label. Il a aussi réalisé un disque néo-psychédélique sous haute influence Beatles (et sous haute influence Paisley Undergound), Around The World In A Day, où figure donc la chanson Paisley Park évoquée plus haut.
Aujourd’hui, nous allons nous arrêter sur Game Theory, groupe légèrement à part du mouvement, ils ne sont pas basés à Los Angeles contrairement à beaucoup d’autres cités ici et sont plus influencés pas Big Star que par les Byrds ou le Velvet.
Au milieu des années 80, le groupe sort plusieurs albums très attachants de power pop produits par Mitch Easter (producteur aujourd’hui connu pour son travail avec REM mais également membre à l’époque de Let’s Active, bon groupe à guitares).
Tout cela m’amène à ce très beau Like A Girl Jesus qui ferme leur deuxième album (en 1986). Il y a bien quelques synthés et un son de batterie qui localisent la chanson dans le temps, les guitares sont belles, la mélodie aussi et le tout possède un fort parfum Big Star qui n’est pas déplaisant.
Pour ce qui est d’écouter vraiment Prince, qui sait, un jour peut-être…
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